Sans doute avez-vous entendu, comme moi, telle ou telle femme prétendre que l'heure qu'elle passe chaque matin à se maquiller (sans compter les ré-ajustements dans la journée et le temps consacré au démaquillage vespéral) se justifie par le fait qu'elle se sent mieux ainsi (ce que je ne conteste pas) et que c'est par conséquent pour elle qu'elle le fait, et pas pour les gens qu'elle va rencontrer.

Il est même des femmes pour prétendre que tout ce temps passé à présenter le meilleur visage possible n'a rien à voir avec l'hypothèse machiste consistant à estimer qu'il s'agit, pour ces femmes si soucieuses de leur apparence, de tenir leur rang parmi les autres femmes que met en compétition permanente l'espoir de plaire aux hommes.

1385209170-buduar

Curieusement, lors des "soirées entre filles", elles n'éprouvent pas le besoin de se maquiller autant et elles y viennent en survêtement ; et elles se réjouissent bruyamment de cette absence de contraintes physiques et vestimentaires, une impression de libération !

Pourquoi n'acceptent-elles pas de reconnaître la tyrannie de leur besoin de plaire en général et de leur besoin particulier de s'attacher le Prince charmant de leurs rêves en le séduisant avec leur physique ? C'est certes moins valorisant que d'être appréciée pour autre chose que son corps de femme (toutes les femmes en ont un), par exemple pour sa sensibilité, sa tendresse et son intelligence ("A une jolie femme ne dites pas qu'elle est belle, elle le sait ; dites-lui qu'elle est intelligente, elle l'espère", disait Alfred Capus), mais c'est déjà ça.

Le curieux de l'affaire c'est que, quand elles fardé leurs yeux, appliqué un rouge à lèvres pétant, enfilé un jean moulant et ouvert suffisamment de boutons de leur corsage pour découvrir leurs seins, elles vont s'offusquer que des hommes les reluquent et plongent leurs regards dans leur décolleté. S'il s'agit d'un bel homme jeune, élégant et souriant, elles seront flattées mais, s'il s'agit d'autres hommes, elles les taxeront de jeunes ou de vieux dégueulasses et ces hommes qu'elles auront provoqués par leur tenue tout sauf modeste risqueront d'être épinglés sur un #metoo ou d'un #balancetonporc quelconque.

Plaire est, pour elles, un besoin si forcené qu'elles en oublient tout bon sens : quelles sont en effet leurs chances de séduire l'homme de leurs rêves alors que, d'une part, leur probabilité de le rencontrer est faible compte tenu de leurs nouvelles exigences ("Chez un homme je ne supporterais pas ceci, pas cela,..."), et que, d'autre part, ces mecs-là sont à la fois convoités par toute la gente femelle, très probablement déjà pris et sans doute pas très poussés à des relations durables du fait du grand nombre d'opportunités qui s'offrent sans cesse à eux.

Mais qu'importe ! Même si la probabilité de rencontrer et de séduire ainsi un homme est infime, on ne sait jamais. Alors, dans le doute, on va passer chaque jour des heures à lutter contre le temps qui passe et qui creuse les rides, on va dépenser des fortunes en produits de beauté, en frais de coiffure et en vêtements toujours nouveaux, dans l'espoir de plaire. A soi, bien sûr !

Le contraste avec les comportements des hommes est frappant. Pourquoi donc n'investissent-ils pas autant que les femmes dans leur apparence physique ? Serait-ce parce qu'ils savent qu'ils peuvent parvenir à séduire sans cela alors que, pour les femmes, c'est tellement moins vrai ?

Face à ces réalités, qui n'ont pas fondamentalement changé depuis le fond des âges, quelle est la portée des gesticulations féministes ? Erigeant en inégalités les différences entre sexes elles prétendent éradiquer ces disparités, voire, comme on l'a entendu dans la bouche de certaines féministes extrémistes, renverser à leur profit les inégalités dont elles s'estiment victimes : il s'agit, aux yeux de ces femmes-là, de prendre leur revanche légitime sur l'oppression séculaire des femmes par les hommes.

Pour d'autres femmes, se passer le plus possible des hommes et vivre entre elles est le moyen d'échapper à leur condition de dépendance. Quitte à passer de la multiplication des repas et soirées entre filles à une vie en couple lesbien.

Ce séparatisme tombe bien : de plus en plus d'hommes sont excédés par les exigences de leurs bonnes femmes et trouvent insupportable d'être tous vus comme des gros cochons et des violeurs en puissance. Alors ils se retrouvent entre mecs pour picoler, déconner et rire en racontant des blagues sexistes. Et ils préfèrent passer du temps sur leurs jeux vidéos qu'avec leurs copines, décidément trop pénibles.

Pas facile, dans ces conditions, d'être un petit garçon, puis un ado, puis un jeune adulte. Et on peut s'inquiéter des traces durables que laisseront, dans les réflexes des jeunes hommes, des décennies passées en étant cernés par le féminisme triomphant et dans le déni des réalités biologiques - qu'on ne délogera pourtant pas de sitôt de nos cerveaux reptiliens. Mon hypothèse (cf. certains de mes autres commentaires sur ce blog) est que, à long terme, ce seront les femmes qui seront les grandes perdantes de cette guerre des sexes qu'elles croient actuellement gagner.