Quand on considère la proportion de femmes au sein des publics attirés par l'irrationnel on ne peut manquer de se poser la question de la raison de cet engouement, qui n'épargne certes pas complètement les hommes mais qui n'en concerne que de bien moins grands nombres.

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      Exemples d'activités (cités volontairement en vrac) qui relèvent en tout ou partie de l'irrationnel : la foi religieuse, le développement personnel, l'accomplissement personnel, l'affirmation de soi, la respiration, l'auto-louange, l'estime de soi, les courants du mysticisme, les romans irréalistes dits "à l'eau de rose", les films romantiques dont les histoires se finissent juste au moment où l'amour atteint ses sommets et va donc redescendre, l'homéothérapie, les techniques de programmation neuro-linguistique, l'hypnose, la "PNL humaniste intégrative", les "thérapies douces", le "positionnement énergétique de l’atlas-axis, bassin-pubis", la "résonance ligamentaire", la "mise en sécurité de la maison zone neutre", les "soins émotionnels", l'ostéopathie, l'étiothérapie qui "reprogramme le corps", la "mise en cohérence cardiaque pour respirer avec le coeur", l'acupuncture, la dite "intégration neuroémotionnelle avec les mouvements oculaires", réconcilier le cerveau limbique émotionnel avec le cerveau cognitif, la phytothérapie et l'aromathérapie, les charmes de l'intestin et le côlon irritable, la thérapie par la danse et le mouvement, l'ésotérisme guénonien, l'hermétisme et l'occultisme, le soufisme, le taoïsme et le bouddhisme, la gestion du stress post-traumatique, etc.

      Bon nombre de ces activités sont vieilles comme le monde, d'autres sont relativement plus récentes et ont toujours exercé plus d'emprise sur les femmes que sur les hommes (la pratique religieuse chrétienne, par exemple), d'autres, enfin, ont pris récemment une extension qui pourrait laisser penser qu'elles répondent à un besoin croissant et pas seulement à la solvabilisation récente (par l'élévation générale des niveaux de vie et, spécifiquement, des revenus dont les femmes occidentales d'aujourd'hui peuvent disposer à leur guise) d'un besoin ancien.

      A en croire la rédaction de Futura (https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/cerveau-cerveau-droit-cerveau-gauche-differences-10506/) "on présente souvent le cerveau gauche comme associé au raisonnement logique et rationnel, le cerveau droit étant plutôt intuitif et émotionnel. Il y aurait ainsi des personnalités plutôt « cerveau gauche » ou « cerveau droit », qui utiliseraient plus un côté du cerveau que l'autre. Cette conception attribue même plus souvent le cerveau gauche aux hommes et le droit aux femmes, connues pour être plus intuitives... De même, les artistes, plus portés sur la création, utiliseraient davantage leur cerveau droit ! Mais il s'agit là bien d'un mythe qui ne s'appuie pas sur des connaissances scientifiques avérées : il n'est pas possible de définir des personnalités par une spécialisation d'un hémisphère cérébral qui prendrait l'ascendant sur l'autre. Nous utilisons bien nos deux hémisphères cérébraux, quelle que soit notre personnalité".

       Cette attirance des femmes pour l'irrationnel ne serait donc pas liée à des différences physiologiques concernant les cerveaux des deux sexes. Pourquoi, alors, cette propension apparemment plus grande des femmes à faire confiance aux enseignements des guides spirituels (des hommes, le plus souvent) et, dans la période contemporaine en Occident, aux psys et coachs de tous poils ?

       Mon hypothèse, certes audacieuse et peu en accord avec l'idéologie ambiante qui voit partout du machisme est la suivante : emportées par l'élan lié au triomphe de l'idéologie féministe dans les sociétés occidentales contemporaines, les femmes d'aujourd'hui, dans ces sociétés, s'imaginent que leur libération économique (liée aux études qu'elles ont été admises à faire et liée aux métiers rémunérateurs qu'elles ont pu dès lors exercer dans le secteur marchand), qui les a affranchies de la tutelle financière exercée depuis toujours par les hommes (qui conjuguaient leur domination physique et leur monopole des revenus du ménage -  considérés différemment de la production domestique réalisée par les femmes), allait automatiquement entraîner leur indépendance totale vis-à-vis des hommes, vus comme des oppresseurs séculaires, sans que cette domination masculine ait une quelconque justification (d'autant qu'il suffirait d'un bien plus nombre de mâles pour assurer la reproduction en limitant les risques de consanguinité).

   Or il me semble que les faits tendent à suggérer que, pour les femelles de l'espèce humaine, se passer des mâles n'est pas si facile que cela, même pour les femmes qui ont un métier qui leur assure des revenus garantissant leur indépendance financière.

   Pourtant on aurait pu penser que, s'il est question d'être écoutées et d'être rassurées, les femmes pourraient se passer des hommes : les bonnes copines pourraient avantageusement faire l'affaire.

    Et, pour avoir des enfants, on peut se les faire faire par des géniteurs anonymes, en dehors de toute pénétration dégoûtante par un pénis : les embryons congelés sont là pour cela, ce qui évitera à la fois d'avoir à se soumettre à une discussion avec un père biologique des futurs enfants et d'être plus ou moins contrainte à entretenir des relations avec ce mec en cas de divorce.

    Et si on ne veut même pas utiliser son utérus, d'autres femmes pourront prêter le leur (GPA).

    Enfin, les affres de la vie conjugale et les conflits entre parents à propos de l'éducation des enfants pourront être évités si on vit seule avec ses enfants ou si on choisit la voie lesbienne.

    Pourquoi, alors, tant de femmes affranchies de la présence oppressive des hommes semblent désorientées, ne pas être pas bien dans leur tête (et dans leurs corps) ?