Dans mon message précédent j'ai essentiellement évoqué le silence dans lequel a intérêt à se réfugier, lors des grandes crises, le mari sur lequel son épouse s'acharne en lui jetant à la figure mille reproches.

180px-Manet,_Edouard_-_Blonde_Woman_with_Bare_Breasts Et dire que cette femme, peinte par Manet, était peut-être, avec son mari, une mégère !

      Mais il est d'autres cas de figure dans lesquels le mari d'une épouse aigrie et haineuse peut songer que le mutisme est sa meilleure façon de se protéger contre l'agressivité à fleur de peau de son épouse : c'est lorsque, si son épouse se comportait avec lui en personne normale, il s'enquerrait gentiment de ceci ou de cela la concernant (sa santé, celle des membres de sa famille, ses projets d'absence, etc.), hasarderait un conseil pouvant éviter des erreurs à l'épouse en question, ou attirerait l'attention sur un point posant problème dans le contexte de leur cohabitation.

      Quelques exemples récents :

   1. S'enquérir de sa santé

      Lui poser, par curiosité légitime de la part d'un époux, des questions concernant la boule de graisse proéminente à sa hanche gauche (Est-ce ennuyeux ? A quoi est-ce dû ? Comptes-tu faire quelque chose ?) c'est s'exposer, presque à coup sûr, à des invectives du type "Mêle-toi de ce qui te regarde".

      A son retour de l'hôpital où elle a passé une IRM, si son mari choisissait de ne rien dire et d'attendre qu'elle en parle d'elle-même au moment qu'elle aurait choisi, cela lui vaudrait, à son mari, le reproche de désintérêt par rapport à ses sources d'inquiétude à elle. Mais s'il demande le résultat de l'IRM qu'elle vient de passer, elle va lâcher, le visage fermé, "C'était moyen", rationnant à dessein l'information qu'elle devrait donner à son mari. Faut-il alors que son mari lui pose une question complémentaire, pour en savoir un peu plus et lui montrer qu'il s'intéresse à ce qui la soucie ? Rien n'est moins sûr car, selon un mécanisme constant chez elle, elle va alors profiter de l'occasion pour passer ses nerfs sur son mari, en lui répondant, fâchée qu'elle n'a pas envie d'en parler, et/ou que ce n'est pas (ça ne l'est jamais, avec elle !) le moment. Donc, si le mari veut s'éviter des ennuis supplémentaires, la moins mauvaise solution consiste pour lui à se taire, le reproche de passivité par désintérêt étant, malgré sa mauvaise foi et son caractère immérité, moins pénible à supporter qu'une rebuffade alors qu'on veut faire un geste sympathique.

   2. Lui suggérer de corriger les fautes d'orthographe grossières qui émaillent les mails qu'elle adresse à des gens très sensibles à l'orthographe. Là aussi, le silence est d'or. Car, sauf si elle sollicite elle-même son mari (qu'il est plus simple de déranger que de chercher dans un petit dictionnaire ou sur le site Le Conjugueur), elle lui en voudra s'il lui signale des fautes d'orthographe et comment les corriger ; et plus il dira les choses de façon gentille, sans aucun commentaire négatif voire en disant que l'orthographe française est complexe et purement conventionnelle, plus elle se dira humiliée !

   3. L'avertir de ce que les autres, sans le lui dire mais en lui en voulant, apprécient peu :

        * ses retards systématiques

       * sa constante mauvaise humeur lorsqu'on lui demande un service (si elle n'en a pas eu l'idée elle-même), aussi minime soit-il, comme aller récupérer un petit colis juste à côté de l'hôpital lorsqu'elle en sortira après son examen

        * sa façon d'exagérer, de façon patente, certains chiffres qu'elle énonce à l'appui de ce qu'elle affirme, en les gonflant dans le sens qui l'arrange

        * la difficulté que ses interlocuteurs ont pour repérer ce qui est vrai et fiable au milieu de son discours, qui juxtapose du pur n'importe quoi (que son mari a cessé d'essayer de lui signaler – après s'être fait taper sur les doigts, désormais il la laisse dire, sans rien contester, puisque les corrections qu'il apporte sont toujours mal prises au lieu d'être vues avec reconnaissance parce qu'elles pourraient éviter à son épouse de se ridiculiser à l'extérieur) et des banalités énoncées doctement, presque avec componction.

           Dans les domaines sans enjeux (conversations à sujets culturels par exemple), ses interlocuteurs la laissent dire sans la contredire, rient sous cape et concluent simplement qu'elle a tendance à tout mélanger et que ce qu'elle dit n'est pas à retenir car n'est pas fiable.

           Mais dans le domaine médical, son statut professionnel lui donne, sur tous les profanes, une supériorité a priori, dans l'esprit de ses interlocuteurs. Or elle n'hésite pas à exagérer si cela arrange ses démonstrations ou les leçons qu'elle veut donner. Quand les gens concernés s'en aperçoivent ils sont déstabilisés : qui croire ? Pas elle en tout cas, à qui on ne peut pas faire confiance alors que, dans ce domaine-là, il faudrait qu'on puisse avoir confiance dans ce qu'elle affirme. Son mari devrait-il aborder cette question avec elle, dans son intérêt à elle ? Spontanément il le ferait. Mais comme il n'a à attendre d'une telle mise en garde que des reproches supplémentaires, il se tait.

   4. A fortiori, s'il s'agit de lui demander de faire attention à certaines choses : son mari pourrait vouloir lui exprimer des desiderata de l'ordre du reproche légitime dans le cadre d'une vie en commun, qui exige d'incessants compromis. Exemples : 

        * après l'avoir utilisé, elle ne va pas nettoyer l'évier de la cuisine au fond et aux bords laissés tout gras, pas plus que la plaque de marbre servant de table de travail de la cuisine, qu'elle va laisser pleine, par endroits, de taches de soupe ou du jus collant des oranges qu'elle y a découpées, pas plus que la table en bois sur laquelle on posera un journal avant de se rendre compte que de l'eau y a été renversée sans être épongée. Lui demander gentiment de nettoyer ces trois surfaces après s'en être servies ce serait s'attirer non pas des excuses et l'engagement d'y faire désormais attention, mais une salve d'attaques sur le thème "Si c'est comme ça, je ne passerai plus la soupe" ou "Si tu crois que je n'ai que ça à faire et à penser" ou "La femme de ménage fera cela demain" ou "Si cela te dérange tu n'as qu'à nettoyer toi-même". Avec, en prime, la gueule pour un moment. Charmante compagne !

       * si son mari lui mentionne que, s'il vient se coucher si tard (vers 0h30-1h du matin, alors qu'il est fatigué et peut craindre de laisser passer le cycle du sommeil) c'est parce que, au prétexte de s'exercer à parler, elle lit chaque soir à haute voix, durant un bon moment vers 23h30-minuit, des textes bibliques dans sa chambre avant de s'endormir et que ce bruit l'empêche de s'endormir, lui (leurs chambres sont séparées mais seulement par une très mince cloison), alors elle va non pas se dire désolée et promettre de changer, mais l'agonir, l'accusant d'être la cause de la perte de ses facultés d'expression orale. De même, pas question, pour le mari qui a été réveillé à 5h30 du matin parce que, ayant une insomnie, elle marmonnait à nouveau, de la prier de s'abstenir de parler dans sa chambre quand il essaie de s'endormir ou de dormir dans la sienne, juste de l'autre côté de la cloison. A nouveau, le mari n'a pas de meilleure solution, ici, que de se résigner à se taire, ceci d'autant qu'il n'est pas exclu que, si son mari se plaignait de ne pas pouvoir dormir à cause de ses marmonnages, elle redoublerait probablement l'usage de cette arme perturbatrice du sommeil de son époux, la sachant efficace.