Lorsque la relation entre conjoints et détraquée et que l'épouse en fait sans cesse le reproche à l'époux, rien ne va plus.

     Plus rien n'est simple, et tout est, pour elle, prétexte à grief et à querelle.

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     Quelle attitude est-il alors préférable qu'il adopte ?

      Si son tempérament est tel qu'il est capable de gueuler un bon coup, il pourra la recadrer ; c'est sans doute d'ailleurs ce qu'elle attend en vain d'un époux trop gentil avec elle.

      S'il est incapable de se fâcher autrement qu'intérieurement, sans doute vaut-il mieux qu'il se réfugie dans le silence, même si celui-ci lui est amèrement reproché par l'épouse parce qu'elle a, dès lors, plus de mal à voir si ses coups portent.

      Lorsqu'elle reproche à son mari son refus d'avoir une discussion avec elle, comment peut-elle faire semblant d'ignorer que c'est elle qui, par son attitude répétée, dissuade son époux d'accepter une discussion ? En effet il sait bien, par expérience, que les reproches vont pleuvoir, accompagnés de pleurs ou de cris (certes cela lui fait du bien : après avoir craché son venin, elle ira mieux) et que tout ce qu'il dira sera mal interprété, avec mauvaise foi, aboutira à ce que la discussion s'envenime et donnera lieu plus tard à des reproches supplémentaires. Ses efforts de sincérité s'étant toujours retournés contre lui, il se gardera bien d'exprime ce qu'il ressent vraiment ; et, détestant les gens qui, comme son épouse, sont incapables de se maîtriser, d'éviter d'exagérer et d'interpréter tout de travers, il se repliera sur un silence prudent.

      Son silence ne sera néanmoins pas total car, d'expérience il sait que rien n'énerve plus son épouse que le silence qu'il peut garder face à un torrent de reproches ; alors, pour faire illusion, il ne se tait pas complètement mais il intervient de temps en temps, histoire de faire croire qu'il y a dialogue ; mais ce qu'il dit ne reflète pas ce qu'il pense vraiment : il atténue tout ce qu'il aimerait dire, il tait les sujets qui fâchent, il dissimule tel aspect s'il estime qu'il serait très mal reçu par son épouse en furie, il meuble en exprimant des banalités impersonnelles, etc. Bref, il donne le change en essayant de laisser le moins possible prise à l'agressivité de son épouse – qui cherche, non pas des os à ronger mais où planter ses crocs.

     Par ailleurs, instruit par l'expérience, le mari en cours d'accusation dans le cadre de ce procès à charge (faute de possibilité d'exécution sommaire) ne néglige pas le langage du corps : mieux il arrivera à donner à son épouse déchaînée l'impression qu'il encaisse mal les coups qu'elle lui porte, plus elle s'estimera (provisoirement) vengée de ce qu'elle estime que son mari lui refuse alors qu'il devrait le lui donner à profusion, à savoir l'amour qu'il lui a promis le jour du mariage.

      Jugeant son mari seul responsable du naufrage de son couple, elle lui en veut à mort de lui avoir gâché sa vie et, pire, de la retenir prisonnière dans les chaînes du mariage puisqu'elle aimerait s'en trouver déliée, mais pas à son initiative (dans sa famille c'est mal vu) : s'il partait elle pourrait plus facilement tout lui mettre sur le dos ; mais ce salaud n'envisage pas de partir, estimant qu'il n'est pas suffisamment sûr que la situation après séparation soit plus avantageuse pour lui, y compris (je devrais sans doute plutôt écrire : a fortiori !) s'il se remettait avec une autre femme.

       De tout cela elle ne semble pas parler à sa famille et à ses amis. Craint-elle de ternir son image ? Je suppose que peu sont dupes de la situation réelle de son couple, vu l'immense liberté dont elle dispose dans l'organisation de son temps comme dans le choix de ses activités et des personnes qu'elle voit, vu aussi ses nombreuses semaines passées dans sa petite résidence personnelle secondaire, vu également l'absence d'alliance à son annulaire gauche depuis des années, et vu l'absence de référence qu'elle fait à son mari alors que tant de femmes n'ont que les talents et exploits de leur mari à la bouche (qu'elles sont donc sont agaçantes ce faisant !).

       S'il est réel, le mutisme de cette épouse (qui contraste avec les plaintes de tant de femmes, qui étalent sans pudeur leurs déboires de couple) a probablement pour conséquence une plus grande intensité des reproches puisque cette épouse les réserve à son mari, que ce soit lors de ses grandes explosions périodiques de mécontentement ou dans le cadre de son agressivité presque permanente au quotidien.