Le politiquement correct (dans son expression la plus large, désignant ce qu'il est permis de de dire ou d'écrire et, a contrario, ce qui est interdit d'expression) s'étend, bien sûr, aux choses du sexe.

     Cela me paraît tout à fait justifié lorsque, pour limiter l'activité des réseaux exploitant les photos de mineur(e)s dénudé(e)s on interdit et sanctionne la pédopornographie, ou lorsqu'on essaie de faire en sorte que nos enfants ne tombent pas, au hasard de leurs pérégrinations sur l'Internet ou sur la télévision, sur des images trop érotiques voire franchement pornographiques qui risqueraient de les marquer.

     J'ai plus de mal à admettre que, sur fond de féminisme donnant raison à toutes les revendications des femmes, pudeur, tabous religieux et romantisme se conjuguent pour bannir ou décrier toute expression quasi-clinique des besoins sexuels des hommes.

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     Il est, par exemple, particulièrement malvenu d'évoquer ouvertement l'onanisme (au sens de masturbation individuelle) masculin, même si on le fait en se gardant d'employer les mots qui fâchent et même si, sous le doux nom de "caresses intimes", la masturbation féminine (qui fait plus usage d'accessoires – du célèbre canard au vibromasseur sophistiqué – que son homologue masculine) bénéficie d'une certaine tolérance, probablement due au caractère invisible de l'organe masturbé et des secrétions qui résultent de cette excitation.

     Est-ce que cet ostracisme imposé par les femmes vis-à-vis des réalités de l'onanisme masculin ne tiendrait pas, fondamentalement, au caractère très déplaisant, pour les femmes, des réalités correspondant à la masturbation masculine ?

     * d'une part, en effet, la masturbation masculine fait apparaître dans une lumière crue que celle-ci est un substitut très pratique (gratuit, vite fait, disponible en permanence, sans risque de maladie ou d'enfant, sans créer dans l'esprit de la femme des devoirs qu'aurait l'homme à son égard) de l'éjaculation après pénétration d'un vagin féminin ; cette substituabilité souligne que, derrière la vision romantique symbolisée par l'expression "faire l'amour" (une désignation correspondant aux besoins féminins et donc utilisée par les mâles, non dupes pour autant, pour parvenir à leurs fins sans être accusés de viol), il y a le besoin masculin d'éjaculer ; un besoin physiologique fort, probablement hérité de la survie darwinienne des espèces dont l'instinct de reproduction s'est montré durablement intense. Ce besoin majeur, irrépressible, restreint sensiblement l'espace laissé à l'imaginaire de la femme, prompte à voir, dans un rapport sexuel, bien plus que la simple satisfaction d'un des besoins physiologiques de l'homme

     * d'autre part, la masturbation masculine éclaire de façon déplaisante pour les femmes le rôle qu'elles jouent dans l'acte sexuel lorsqu'il a lieu : ce qu'on a spontanément tendance à évoquer dans ce contexte, c'est leur éventuel rôle apparemment mécaniquement stimulateur lorsqu'il s'agit de faire passer le pénis de sa flacidité habituelle (ah ! les malheureuses victimes du douloureux priapisme !) à l'érection nécessaire à la pénétration. Mais qu'il s'agisse de caresses ou de manoeuvres buccales, l'important n'est pas tant l'habileté du toucher que ce qui se passe alors dans la tête de l'homme ; c'est en effet de là que viennent les stimuli qui vont provoquer l'afflux de sang dans le corps caverneux (cela vient donc bien du coeur, mesdames !). Concourront aussi à cette stimulation les odeurs, les mots prononcés, la vue du corps féminin dénudé... et toutes les images érotiques, étrangères à cette femme-là, qui afflueront au cerveau de l'homme (tandis qu'il en sera peut-être de même de la femme, au grand dam de la représentation romantique de l'acte dit d'amour, fusionnant les deux êtres en présence et eux seuls !). Et dire qu'il y a des femmes qui persistent à croire que leur corps ne joue qu'un rôle modeste dans l'attrait qu'elles exercent sur les hommes ! Elles préfèrent s'imaginer que c'est leur personnalité, leurs talents, leur intelligence, leur sensibilité, leur douceur, leur capacité d'attention, leur dévouement, etc. qui leur valent leur attirance. Que ces qualités personnelles jouent, certes, mais, de grâce, réalisons lucidement que, sous les déguisements imposés par l'époque et son idéologie, c'est avant tout le sexe qui attire les hommes !

       Dès lors qu'on accepte ces prémisses, on doit reconnaître que les hommes ont besoin des femmes même lorsqu'ils pratiquent le plaisir solitaire. En effet, pour soulager leur besoin pressent d'éjaculation, ils doivent avoir une érection ; or pas d'érection sans images érotiques, et donc sans images féminines (pour les mâles hétérosexuels du moins). Certes cela écorne gravement la conception que les femmes se font de leur rôle rêvé auprès des hommes car ces images que l'homme évoque dans sa tête pour se stimuler peuvent très bien porter sur plusieurs femmes à la fois ou successivement (l'horreur absolue pour celles qui s'imaginent être l'Unique), sur des pratiques que les intéressées réprouveraient, etc. Dans ces moments-là, on fait feu de tout bois pour parvenir à cette éjaculation libératrice. Et ceci vaut pour la masturbation masculine comme pour la pénétration vaginale. A preuve : on dit qu'après des années passées en prison, les hommes peuvent devenir impuissants à cause de la baisse de leur stock d'images érotiques, la profusion des photos et vidéos ne parvenant pas à remplacer les images, trop estompées, d'actes sexuels que ces hommes ont connus.

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       Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit : je ne nie pas que les hommes ne puissent trouver, dans leur désir d'enfant, une puissante raison de faire l'amour avec ardeur, que ce soit pour faire comme les autres couples (qui ont des enfants), pour se survivre d'une certaine manière, pour avoir des proches à qui transmettre ce que l'on sait et son héritage, pour assurer les travaux des champs et servir d'assurance vieillesse dans les pays sous-développés, pour satisfaire le besoin d'enfant exprimé par leur compagne, etc.

       Il m'apparaît simplement que, à la différence de la plupart des animaux, qui ne copulent que pour se reproduire, les humains ont, pour une raison que j'ignore (car les femmes sont bien plus fréquemment fertiles que la plupart des animaux femelles), la possibilité d'avoir des rapports sexuels fréquents, "pour le plaisir".  Cela oblige à considérer que, lorsque, à la différence des très intelligents bonobos, les femmes refusent de faire de leurs attraits sexuels un moyen d'échange à un prix raisonnable, les hommes dans le besoin (et il est permanent chez eux) aient recours à la masturbation masculine car l'expérience leur a appris quel soulagement apporte l'éjaculation, et cela où qu'elle se pratique (et, sur ces lieux particuliers, je resterai ici muet, comme la Genèse, au chapitre 38, versets 9-10, lorsqu'elle évoque Onan qui, refusant de féconder l’épouse de son défunt frère (comme la tradition l’exigeait), aurait préféré « laisser sa semence se perdre dans la terre »).