Motivation, parmi d'autres, de leur jalousie parfois maladive, leur peur d'être quittée est sans doute directement proportionnelle au besoin qu'elles ont de nous ; besoin résultant plutôt de ce qu'elles sont amoureuses que parce que nous perdre les mettrait dans une situation financière difficile et une situation sociale délicate (les épouses, précédemment amies du couple, ne voulant plus les inviter de peur qu'elles ne leur chipent leurs époux).

       Face à ce risque, leurs réactions sont diverses :

            * certaines vont essayer de nous dissuader de songer à les quitter : cela va du chantage au suicide au chantage à la révélation de secrets qu'on leur a confiés, sans parler du cas de la riche héritière sans laquelle on n'a plus le sou

            * d'autres sont attendre et voir venir, tout simplement.

            * d'autres encore vont tenter de nous retenir en améliorant leur offre de services, une façon de contrer la féroce concurrence qu'elles doivent affronter de la part de toutes ces femelles à l'affût de leur mari, vu comme étant intéressant (ce qui ne les amène pas à remettre en cause leur croyance selon laquelle leur mari est nul, comme elles ne cessent de le lui reprocher)

            * et puis il y a celles qui, anticipant qu'il serait insupportable pour elles d'être quittées, préfèrent prendre les devants.

               Parmi celles-ci, les unes vont choisir la manière radicale, en se suicidant vraiment, sans fausse tentative pour faire pression ; en se supprimant lorsque, s'estimant à l'apogée indépassable de leur relation amoureuse avec tel homme, elles voient arriver le déclin inéluctable. C'est le cas du personnage de la coiffeuse, Mathilde, incarné par la pulpeuse Anne Galiena, du film "Le mari de la coiffeuse" (Patrice Leconte, 1990) : elle ira se jeter dans le canal, provoquant des regrets éternels, et une sorte de délire touchant, chez l'extraordinaire Jean Rochefort, expert en danses orientales déjantées.

anne galiena

 

                   Telle autre, moins extrême, signifiera à son amant, à qui elle avait écrit des lettres enflammées huit ans durant, que, désormais il sera dans son coeur "d'une autre façon" et qu'elle se rapproche de son mari. Sans plus d'explication. Sauf que, au détour d'une phrase, elle laisse percevoir que ce qui la taraude, c'est l'absence de nouveauté dans leur relation que son inquiétude, fortement liée par elle à son âge (mais 42 ans ce n'est pas encore l'extrême vieillesse !), que le désir de l'amant en question s'affadisse, le conduisant, gentil comme il l'est, à poursuivre leur relation mais sans le feu des commencements. Alors elle préfère mettre un point final à l'aventure. Un congé présenté comme un besoin de temps de réflexion, sans fermeture à diverses formules ultérieurement, mais un congé qui s'avèrera quand même définitif. Certes l'effort sur elle-même est perceptible, la renonciation, aux échanges verbaux et des corps, est douloureuse, mais on la sent déterminée à ne pas subir l'affront d'être moins adulée qu'elle ne l'a été. Seule concession à la passion qui couve encore en elle pour cet homme : c'est avec plaisir qu'elle le reverra de temps en temps, en présence de son mari cette fois. Comment l'amant jeté va-t-il s'accomoder d'une telle caputis diminutio ?