"Les femmes fonctionnent à l'envie", entend-on dire.

     Effectivement il est très banal d'entendre des femmes dire, à tout propos (au restaurant, dans un magasin, face à une proposition de câlins, etc.) : "J'ai envie de ceci ou de cela – ou de toi !" ou "Je n'ai pas envie de telle chose ou de telle autre – et particulièrement de procurer un petit plaisir sexuel à l'autre" ou "Je n'ai plus envie maintenant" – peut-être, d'ailleurs, une minute seulement après avoir dit avoir envie.

     Voilà une bien commode façon de se dispenser de toute justification et d'asseoir ainsi une sorte de petite dictature sur ses proches. Parmi ceux-ci, les hommes, indécrottablement rationnels, vont d'abord essayer de comprendre les causes du désir, hautement variable comme son humeur, de mademoiselle ou de madame – peine perdue ! – pour essayer d'obtenir ses bonnes grâces ou ne serait-ce que le retour du sourire sur ce visage fermé qui leur fait la gueule ; puis ils vont se lasser de devoir passer sous les fourches caudines des quatre volontés de cet être-là et de devoir subir ses sautes d'humeur (surtout si, comme c'est le cas des maris, ils en font les frais, en tant que défouloirs pratiques, sans y être pour rien, ou alors simplement du fait d'être les empêcheurs de faire ce que Madame voudrait, à savoir se laisser conter fleurette par d'autres hommes).

    Mais ce "fonctionnement à l'envie" caractérise-t-il toutes les femmes, de toutes les régions du monde et de toutes les époques ?

    Ou est-ce surtout vrai des occidentales contemporaines nées après la seconde guerre mondiale, qui n'ont connu que l'émancipation féministe, rejettant le fatalisme auquel avaient dû se résigner toutes les femmes auparavant, qui étaient sinon soumises du moins apparemment dociles à la volonté de leurs maris et résignées à ne vivre leurs aspirations qu'en rêves ?

     En tout cas le contraste me semble patent, sous le rapport de l'énoncé des envies et de leur satisfaction, entre les femmes et les hommes occidentaux d'aujourd'hui.

     1) Dans ces sociétés-là, l'expression des besoins, et donc des envies, est hiérarchisée : lorsqu'une femme dit à un homme "Tu me manques tant !" ou "J'ai tellement besoin de toi", c'est beau, c'est exalté, c'est romantique, c'est noble, cela n'engendre aucune réprobation sociale, au contraire. Mais il n'y a nullement symétrie pour les besoins des hommes exprimés sous forme d'envie : dire "J'ai envie de toi !", parce que c'est clairement au sens sexuel, est socialement moins bien vu, voire est trouvé agressif – et harcelant si c'est répété – alors qu'il s'agit de l'expression du besoin de l'homme ayant le même degré d'importance que celui, différent, de la femme, fait d'abord de besoin d'écoute. Maintenant que le risque de maternité non souhaité peut être écarté grâce à la contraception et à l'avortement, où se trouve la justification de la considérable différence de statut qui persiste entre la satisfaction du besoin d'écoute qui est prioritaire pour la femme et la satisfaction du besoin de sexualité qui est prioritaire pour l'homme ? Dans le fait qu'une femme en couple peut s'imaginer ne pas être infidèle à son mari/compagnon lorsqu'au lieu de coucher avec tel autre homme, elle se contente d'en faire son confident privilégié et de lui faire partager les secrets de son couple ?

    2) Dès lors que le simple énoncé des envies des femmes et des hommes occidentaux d'aujourd'hui est considéré comme inégalement légitime, a fortiori leur satisfaction l'est davantage : dès leur enfance, les hommes sont habitués aux constantes rebuffades de leurs envies (sexuelles avant tout). Et cela va durer des années : adolescents et jeunes adultes, les hommes devront subir sans bouger le spectacle de ces petits seins mobiles fièrement arborés sous un pull léger enfilé à même la peau et sans soutien-gorge par ces filles qui jouissent de leur effet de séduction ; puis ils feront l'expérience de la disette sexuelle due aux refus de l'épouse d'être touchée autrement qu'en étant serrée dans les bras, façon hug. Bien sûr le réveil sera dur pour les femmes qui, ayant tout misé sur la séduction (essentiellement acquise par leurs corps), se retrouveront trompées, délaissées, quittées, non désirées, voire en butte, à leur tour, aux refus polis des hommes de coucher avec elles – un juste renversement des rôles, certes un peu tardi mais quand même pas dépourvu de sel pour les hommes à qui elles n'ont eu de cesse de refuser leurs offres..

 

Post-scriptum concernant les envieuses et les jalouses

      "Fonctionnant à l'envie" les femmes ne sont heureusement (d'abord pour elles) que très rarement, pour autant, des envieuses ; pauvres prisonnières de cette forme de folie qu'est l'envie (cf. le tableau de Géricault "La monomane de l'envie ! Quel talent !) !

Géricault La monomane de l'envie

       

     Et je ne vois qu'un rapport lointain entre la façon des femmes de "fonctionner à l'envie" et le fait que nombre de femmes (et certains hommes) soient jalouses de personnes de leur sexe.

     En effet, comme le précise utilement Wikipédia à l'article "Jalousie", "dans le sens, le plus courant, de jalousie amoureuse, la jalousie se produit dans le cadre d’une relation à trois (ce qui la différencie de l'envie ou d'être envieux), lorsque quelqu’un (l'individu jaloux, qui peut être de n'importe quel sexe) estime qu’un deuxième individu se comporte pour un tiers (une troisième personne, un groupe, voire une chose) d’une façon qui menace selon lui à tort ou à raison la relation du couple et plus particulièrement sa place dans le couple.

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        Le jaloux en conçoit du ressentiment, des reproches, des doutes, qu’il adresse aux deux autres, avec généralement une focalisation sur la deuxième personne. L'essence du comportement jaloux ne réside pas dans cette inquiétude, parfois imaginaire, pour le couple, ni dans le fait d'agir, mais dans l'intensité émotionnelle excessive qui l'accompagne et qui compromet le succès de cette action.

        Les conséquences peuvent nuire à l'équilibre et à la communication dans le couple, l'individu jaloux exprimant parfois la possession de façon permanente, excessive, exclusive ou récurrente représentant souvent une jalousie maladive, ainsi la jalousie est une forme de paranoïa. L'individu jaloux se sent libéré de sa jalousie uniquement lorsqu'il passe du temps avec son partenaire seul, ce qui à terme compromet la liberté du partenaire, chez qui la frustration peut naître avec le temps".

         Que bien des femmes soient jalouses à des degrés divers et en le dissimulant plus ou moins, cela me paraît assez clair. C'est vrai déjà quand elles sont petites filles puis cela continue lors de la compétition pour être au centre d'une manière ou d'une autre, au centre de l'attention en général, mais spécialement au centre de l'attention des hommes. Lorsque l'âge l'aura rendue moins désirable que des jeunettes, la femme se sentira sur la touche – on dit maintenant "en dehors des radars (des hommes)".Et, à la maison de retraite, cela continuera : si le photographe cadre mal sa photo, le super sourire de la mamie répondant à celui de la jeune femme qui vient lui faire fête contrastera avec la gueule dépitée de trois autres mamies en arrière-plan, bien visibles dans leurs fauteuils roulant alignés, évidemment jalouses de l'attention dont fait l'objet cette autre vieille femme !