Comment pourrir le plus efficacement possible la vie quotidienne de son mari, pour se venger de lui, qui n'a pas tout fait pour vous rendre heureuse comme il s'y était pourtant engagé le jour du mariage (il y a quasiment cinquante ans maintenant) ?

Réponse : en provoquant continuellement son irritation à propos de ce qui semble être des détails.

Quelques exemples (qui ne s'appliquent pas à la situation visible sur la photo ci-dessous, où il fait suffisamment bon dehors pour qu'on puisse y déjeuner, et sans excès de vêtements de surcroît) ;

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 * sans être le moins du monde grippe-sou ou "rat", votre mari ne trouve pas indispensable que les ampoules électriques restent durablement allumées lorsqu'il n'y a plus personne dans la pièce. Quelle excellente occasion de le fâcher ! Il suffit de laisser systématiquement allumées les ampoules multiples de la cuisine, du salon et de la salle à manger, du couloir, des WC, les spots du hall extérieur, la lumière de l'escalier de la cave (pourtant dotée d'un témoin lumineux), les néons du garage, etc. Et prenez la mouche si votre mari, éteignant sur son passage les lumières qui lui semblent inutilement allumées, ferme malencontreusement celle de la pièce d'où vous vous êtes absentée peu de temps.   Cerise sur le gâteau : lorsque vous faites cuire très longtemps une préparation sur une plaque électrique chauffée faiblement, maintenez allumée l'ampoule qui éclaire la cuisinière par le dessus, en arguant de ce que cela vous fera penser à arrêter la cuisson. Et fâchez-vous, en exigeant qu'il ne se mêle plus de vos affaires, si votre mari vous suggère d'utiliser plutôt un réveil ou une des deux minuteries de cuisine portatives - qui peuvent donc être emportées dans la pièce où vous vous trouvez, loin de la cuisine.

* ne voyant pas non plus l'intérêt de laisser longtemps grand(es) ouvertes les porte-fenêtres en plein hiver, votre mari ferme-t-il les portes des pièces chauffées de sorte que la chaleur ne se dissipe pas inutilement et aux dépens de votre budget commun. Et, quand il descend prendre son petit-déjeuner, il aimerait bien pouvoir trouver une pièce chaude (la petite cuisine, à défaut du salon-salle à manger, que vous ouvrez une demi-heure à tous les vents au prétexte qu'il faut aérer) ? Eh bien, non : vous aurez fait en sorte qu'il fasse partout bien froid, l'obligeant à fuir dans son bureau pour y déjeuner au chaud après avoir préparé en vitesse son bol de boisson et deux tartines dans cette cuisine où on gèle. Et vous prendrez soin de laisser ouverte la porte de communication avec la cave, pour que l'air froid emplisse bien tout l'appartement - avant que vous ne mettiez à fond les radiateurs électriques et allumiez un feu d'enfer dans l'insère pour que vous ayez bien chaud quand vous irez lire votre roman au salon. Et ne vous censurez pas si l'envie vous démange de lui faire des remontrances quant à la nécessaire aération de son bureau : attestant de votre volonté permanente de le contrôler en tout, cette injonction (inutile car votre mari aère déjà son bureau) viendra s'ajouter à la longue liste des conseils, plus ou moins appuyés mais toujours répétitifs, que vous prodiguez à votre mari en tous domaines : ce n'est pas bien ce qu'il mange ou boit, il devrait plutôt manger et boire ceci ou cela, vous critiquez sa façon de s'habiller, de se raser, de se coiffer, de marcher, de faire la vaisselle, d'allumer le feu, de dormir, ses heures de coucher et de réveil, etc.

* votre mari préférerait que les odeurs de cuisine restent à la cuisine ou s'échappent par la fenêtre et la porte-fenêtre de celle-ci) au lieu de profiter du fait que, si la porte de communication entre la cuisine et la salle-à-manger est ouverte, ces odeurs infestent non seulement salle-à-manger et salon (sans séparation) mais également la mezzanine (chambres) vers laquelle montent odeurs et chaleur de la salle-à-manger/salon ? Situation rêvée pour l'énerver à peu de frais : il vous suffit, quand il a soigneusement refermé la porte de communication entre la cuisine et la salle-à-manger pour éviter la diffusion de l'odeur d'huile grillée, de raie au beurre, de saucisse, de panais, etc. de franchir cette porte sous un prétexte quelconque et de la laisser ouverte derrière vous. Et, pour bien marquer qu'il ne s'agit pas d'inattention de votre part mais tout au contraire de provocations délibérées, n'hésitez pas, de temps en temps, à bien refermer cette porte derrière vous après l'avoir franchie, et à faire remarquer combien vous êtes gentille.

* après les lumières électriques et le chauffage délibérément gaspillés, et en complément des mauvaises odeurs partout répandues, les petits bruits vous offrent, mesdames qui cherchez comment irriter vos époux, un quatrième moyen d'action, plutôt sournois. Des suggestions ? Décrétez par exemple que, le soir, vous avez besoin de lire à haute voix dans votre lit. Pourquoi ? Parce que, sinon, allez-vous prétendre le plus sérieusement du monde, vous allez perdre l'usage de la parole et de votre voix, notamment à cause du caractère de votre mari, que vous dites trouver taiseux. Alors, ces psaumes que vous lisez le soir dans votre lit, vous les marmonnez, ce qui rend difficile l'endormissement de votre conjoint, même si vous faites chambres séparées ; en effet la fine cloison n'empêche pas votre époux d'entendre ces paroles indistinctes, qui cessent, reprennent, cessent à nouveau pour mieux reprendre. Plutôt que de s'insurger contre cette pratique, votre mari s'adapte : il recule son heure de coucher jusqu'au moment où vous vous êtes endormie ; comme il est alors passé minuit et que la phase du cycle d'endormissement de votre époux est passée, il ne trouvera le sommeil qu'extrêmement tard. Dommage pour lui car, vous, avec votre avance de sommeil sur lui, vous allez vous lever relativement tôt et, descendue à la salle à manger, vous allez estimer indispensable d'ôter, sans délai, les cendres de l'insère : typiquement un exercice au cours duquel des métaux s'entre-choquent (la petite pelle, la grille et les chenêts), ce qui produit de petits bruits métalliques bien nets, qui vont réveiller votre mari, au sommeil léger ; ce qui, à la fois, va l'irriter et ce qui sera bien fait pour lui car vous lui avez répété cent fois qu'il ferait mieux de se coucher plus tôt, comme vous. Sorti ainsi de force de son sommeil, votre époux commencera donc sa journée par une irritation, surtout si, en complément de traitement, vous laissez claquer une des multiples portes de la maison. 

   Mais que faire si votre mari se maîtrise ! Que faire si, quand vous allez tout faire pour l'irriter, il ne va ni pousser un coup de gueule ni vous faire un commentaire posé mais ferme ? Alors rajoutez-en, et ça marchera : il sera très énervé, cela se sentira. Il paiera ainsi, le bougre, tous ses manquements à ce qui devrait être sa mission principale : vous rendre heureuse !

PS : si votre mari reste, en dépit de vos mille agressions, d'un calme apparemment olympien, n'hésitez pas à multiplier les occasions de contrariétés tous azimuts : vous savez qu'il s'est blessé avec un couteau pointu et une fourchette placés tête en haut dans l'égouttoir : vous tenez là, en continuant à placer ainsi ces couverts, une possibilité supplémentaire d'irritation. Ou bien vous savez qu'il désapprouve votre politique des petits restes de nourriture et des multiples pots de cornichons, petits oignons, sauces variées, capres, tomates séchées, etc. simultanément ouverts qui occupent tant de place dans le réfrigérateur et qui finiront à la poubelle dans quelque temps parce que tout sera pourri ? Multipliez-les en achetant et ouvrant un quatrième pot de cornichons ! Il finira bien par craquer ! Sans doute, mais pas craquer pour vous, qui aurez si longtemps réussi à lui pourrir la vie !