En l'espace de quelques jours, deux femmes très différentes m'ont dit, de manière inattendue, s'être aperçues récemment (l'une quatorze ans après ses huit années de mariage conclues par un divorce, l'autre près d'un demi-siècle après son mariage - chaotique mais encore en cours) qu'elles se sont probablement mariées sans être amoureuses. Dans le cas de la première, bientôt cinquante ans, le caractère plutôt tardif de cette prise de conscience vient du fait qu'à travers une "belle rencontre", elle vient de découvrir (enfin !) ce que c'est d'être vraiment amoureuse, un état qui, pour elle, est tout sauf serein, avoue-t-elle. Ce qui lui fait réaliser que, les enfants ayant besoin de stabilité pour bien grandir, elle ne les aurait pas faits, ses deux enfants adorés, si elle avait été amoureuse de leur père comme elle l'est de son nouvel ami.

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    Donc mariées sans être amoureuses ? Rien de très extraordinaire à cela lorsque les mariages sont arrangés par les familles, objectera-t-on à raison. Mais quand ces mariages ont résulté de libres décisions des deux futurs époux, cela peut paraître un peu bizarre.

     En fait, pas tant que cela. Mille raisons autres que la passion peuvent en effet expliquer qu'une jeune femme accepte le mariage qu'on lui propose. En vrac : désir d'échapper à ses parents, absence de propositions plus alléchantes, crainte de la diminution des opportunités, lassitude suite à une longue et vaine recherche de l'époux idéal, besoin d'échapper à une funeste série d'échecs successifs, hésitation à refuser tout net ce mariage en considérant la peine qu'une soudaine marche arrière ferait à cet homme amoureux et touchant qui la demande en mariage, etc.

     A cette liste j'ajouterai une raison supplémentaire : le fait que l'homme soit très amoureux de cette femme. Paradoxal ? Un peu, à première vue. Mais cela se comprend aisément lorsqu'on réalise que, en amour, la réciprocité dans un couple, au lieu d'être la règle, est l'exception. Comme le dit le bon sens populaire, dans un couple il y en a toujours un qui aime plus que l'autre. Et donc une femme adulée n'adule pas tandis qu'une femme qui ne se sent pas aimée autant et comme elle le voudrait (à supposer qu'elle le sache, ce comment, et que ce ne soit pas systématiquement autrement que la façon dont l'homme l'aime) devient la proie du sentiment amoureux, qui la tourmente entre deux moments fugitifs de plénitude ; c'est cette alternance entre moments d'exaltation et périodes de manque très cruel qui lui donne l'impression de vivre vraiment pleinement.

     La recette, messieurs, pour faire durer le sentiment amoureux d'une femme : certes être gentil, prévenant, doux, admiratif, câlin écoutant longuement, compréhensif, etc, etc. mais en la tenant toujours en laisse courte afin que son désir à elle, demeurant ainsi toujours insatisfait, se nourrisse de ce manque insupportable de la présence de l'être aimé, vous !

    Si vous trouvez agréable qu'elle soit amoureuse de vous, si vous ne vous lassez pas de ses reproches "Tu me manques tant et tant !", si vous supportez ses inquiétudes et ses jalousies, si vous tolérez sa constante volonté de diriger vottre vie et de vous contrôler, alors organisez la rareté de vos contacts (en tête-à-tête, par téléphone, par SMS, par courriels). En-deça d'une certaine limite, cela ne fera qu'aviver sa passion dévorante pour vous, cet être qui lui échappe en partie. Sinon elle se lassera de vous et, si vous avez le malheur de tenir à elle, les rôles s'inverseront et vous deviendrez son petit caniche, mendiant de trop rares caresse et su-sucres.

     Agréable perspective ?

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