Je connais des gens gentils : des hommes et des femmes, qui sont fondamentalement gentils, attentifs aux désirs/besoins des autres et désireux de leur faire plaisir quitte à s'oublier eux (elles)-mêmes. Et qui veillent, dans leurs propos, à ne pas blesser autrui, même si cet autrui mériterait bien parfois d'être recadré.

        C'est une sorte de beauté du coeur, comme il y a une beauté du corps.

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        Le problème est que, souvent, face à ces personnes naturellement gentilles, les autres sont portés à abuser.

        Que faire, alors ?

         Accepter qu'autrui abuse à répétition de votre gentillesse (on dirait aujourd'hui vulgairement : "vous prenne pour une conne") ou se rebeller et faire la grève de la gentillesse à l'égard de ces personnes ingrates ?

         "Une fois passe, deux fois lasse, trois fois casse" me répétait-on jadis. Ici, il faut tout multiplier par cent, voire par mille. Alors, après la 2999e manifestation d'ingratitude face à votre gentillesse, faut-il casser ?

          Ce n'est pas si facile que cela, pour quelqu'un de naturellement gentil, serviable, bienveillant et prévenant de ne plus se préoccuper, d'un coup, de ce qui peut faire plaisir aux autres ou, du moins, à tel autre, qui a abusé de votre gentillesse : par exemple acheter la nourriture qui vous fait plaisir à vous et non plus celle que vous pensez plaire à cet ingrat.

           Quand penser d'abord à vous n'est pas votre penchant naturel, faire preuve d'égoïsme est difficile et même crucifiant ! Il faut alors se rappeler ce que cette personne ingrate vous a dit et répété : "Ce n'est pas parce que j'ai aimé tel mets une ou plusieurs fois que je l'aimerai la prochaine fois. Je ne supporte pas que tu puisses t'imaginer savoir ce que j'aime. Cela m'enferme. Quand tu achètes des choses pour moi, je me sens obligée de te remercier et de les manger".

           Quel contraste entre ce discours d'une épouse acrimonieuse et celui d'une femme amoureuse, qui, elle, trouvera gentilles et touchantes toutes vos attentions à son égard et trouvera plaisir à manger ce que vous avez acheté en espérant lui faire plaisir.

           Ce qui est tuant c'est ce double excès dont sont coutumières bien des femmes : amoureuses (la phase "craquage" du cycle de l'amour si ironiquement décrit par Florence Foresti dans ses sketchs "Fucking Mother") elles couvrent de fleurs, largement imméritées, leur amour chéri du moment, auquel elles trouvent toutes les qualités ; puis tout bascule et c'est d'avanies qu'elles submergent celui dont toutes les extraordinaires qualités sont désormais vues comme d'insupportables défauts (c'est la seconde phase du cycle, le "saoûlage" : elles saoûlent en effet leur mec de reproches, avant la phase "dégage", suivie par la recherche active d'un autre homme, avec qui connaître à nouveau la merveilleuse phase N°1). Adorés comme des dieux, ceux qui vont bientôt devenir des ex savent bien qu'ils ne méritent pas tant de louanges, mais ils les acceptent avec un certain ravissement, sans réaliser que cet excès dans l'adoration va être suivi d'un même excès, symétrique, dans la détestation.

            Cette conjugaison d'excès et de cyclicité (instabilité) est difficile à vivre pour les partenaires de ces femmes. Et il est frappant de constater à quel point les tableaux représentant des femmes passent, à quelques exceptions près (Judith décapitant Holopherne, par exemple, ou Médée en folie, ou l'épouse de Platon arrosant celui-ci) à côté de ces deux caractéristiques, préférant représenter des femmes calmes, apaisées et apaisantes, sereines, belles pour la plupart.

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