On a pu lire (Oscar Wilde, "Le Portrait de Dorian Gray"), entendre dire voire même chanter (Hugues Aufray) qu'il vaut mieux avoir (ou "vivre avec") des remords que des regrets.

On regrette d'avoir fait ceci ou cela (ce sont alors ses fautes qu'on regrette), ou de ne pas avoir fait ceci ou cela (qui aurait été bien, pense-t-on, pour nous, voire pour les autres aussi : on peut regretter de ne pas avoir eu d'enfant, de ne pas avoir assez parlé avec son père du temps de son vivant, de ne pas avoir eu le courage de dire quelque chose, de ne pas avoir appris l'anglais, etc.). Il est des regrets qui nous poursuivent toute notre vie. 

Il est d'autres regrets qui s'oublient vite, surtout ceux qui ne sont que formels : je suis au regret de vous annoncer que vous allez devoir redoubler, je regrette de ne pas pouvoir m'associer à l'hommage rendu à Mme...., je regrette de vous avoir blessé par mes propos, etc.

 

Les remords, eux, ne concernent que les mauvaises actions relativement graves que l'on a effectivement commises. Il peut y avoir de petits regrets, il n'y a pas de petits remords.

Certains de nos remords s'estompent voire s'oublient. Ou alors, si on n'arrive pas à oublier, on peut essayer de se pardonner à soi-même.

Les "Regrets éternels" gravés dans le marbre des cimetières ne seront de toute façon pas plus éternels que les personnes qui les ont fait inscrire

D'où vient alors que nous sourions à l'énoncé de l'aphorisme "La femme infidèle a des remords ; la femme fidèle a des regrets" ?

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   Attribuée à François de La Rochefoucauld, cette citation tire son humour et son sel du fait qu'ici les regrets ne portent ni sur des actes immoraux ni sur des occasions ratées que la femme en question aurait eues de faire quelque chose de bien, mais sur des occasions qu'elles a manquées de faire ce qui est mal vu par les maris et par la société. Ce qui fait passer les femmes fidèles non pour des saintes mais pour des êtres immoraux simplement paralysés par la timidité ou la crainte.

   Le corollaire de cette vision de la femme fidèle (dont on dit parfois que c'est une femme qui a simplemerent manqué d'occasions ou qui n'a pas su saisir celles qui se présentaient) est énoncé par le même Rochefoucauld : "L'honnêteté des femmes est souvent l'amour de leur réputation ou de leur repos". Une formulation à faire hurler les féministes, qui ne veulent pas démordre de leur manichéisme : les hommes sont des cochons et les femmes sont pures dans leurs pensées. Pourquoi ne pas reconnaître plutôt que ce qui freine les femmes dans le passage à l'acte c'est qu'elles craignent trop les conséquences potentiellement désastreuses (surtout en cas de grossesse) de relations charnelles, qu'elles ne se privent pas pour autant de vivre en rêve éveillé, elles qui peuvent plus aisément que les hommes se satisfaire de ce qu'elles se racontent dans le secret de leurs pensées inavouables.

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