Certaines femmes (les femmes ?) aiment bien se donner le beau rôle : les mots qu'elles affectionnent de dire sont qu'elles ont "cédé" à nos avances, qu'elles nous ont "tout donné", etc. ; bref, que, quand ils arrivent à leurs fins, les hommes seraient les grands gagnants au jeu de l'amour, et cela grâce à la générosité de leurs partenaires, qui ne leur refusent rien, ni leur virginité ni leur honneur, comme on dit ; et cela moins parce que les hommes savent triompher des réticences des femmes que parce qu'elles consentent, oublieuses d'elles-même, à leur accorder leurs faveurs.

   Quelle étrange déformation de la réalité !

ciel

   On serait plutôt tenté de voir, derrière cette théâtralisation, qui fait d'elles des héroïnes à leurs propres yeux, du très banal acte de chair, une simple manifestation supplémentaire qu'ont certaines femmes (les femmes ?) à exagérer en tout : ainsi leurs attentes dépassent l'entendement quand elles s'imaginent avoir trouvé le prince charmant alors que chacun sait qu'il n'existe pas ; leur déception est ensuite, sitôt passée la période d'auto-aveuglement amoureux, à la mesure de ces attentes imbéciles ; et ce qui est extraordinaire, c'est qu'au lieu de s'en prendre alors à elles-mêmes et aux histoires merveilleuses qu'elles ont racontées à leurs copines à propos de leur nouvel amour, ce sont les hommes qui vont servir de cibles à leurs reproches inlassables. Elles veulent s'imaginer en victimes et le faire croire à leur entourage, alors que ce sont les hommes les victimes de leurs reproches amers.

    Excessives en tout elles transforment l'essentiel de la vie des hommes en enfer de reproches, car la période amoureuse des femmes est généralement assez courte.

    A y bien regarder, qui fait le plus de concessions au sein d'un couple en voie de formation ? Les hommes, le plus souvent. En effet, s'ils étaient libres d'agir vraiment à leur guise, ils sauteraient sans délai sur la donzelle, la pénétreraient dare-dare, éjaculeraient aussitôt, s'endormiraient bienheureux et, sitôt ragaillardis, remettraient ça derechef avant d'aller retrouver leurs copains autour de quelques bières ; et ils passeraient à la fille suivante. Le cas échéant, ils consentiraient à allonger un peu la durée de l'acte en y incluant une phase de fellation pratiquée par leur partenaire sur eux.

    Or les choses se passent-elles ainsi ? Non, et cela parce que, justement, ce ne sont pas les femmes qui se plient aux désirs masculins mais les hommes qui, dans nos sociétés, sont bien obligés d'en passer par les exigences des femmes pour obtenir ce que leur nature, à eux les hommes, exige de façon impérieuse. Ce sont donc eux qui cèdent, qui s'écartent de leurs tendances spontanées, qui en font vraiment beaucoup pour elles.

     En effet elles veulent (apprécient, exigent) qu'on les écoute d'abord longuement, fadaises comprises. A la différence de leurs meilleures copines, qui ne se gênent pas pour parler en même temps qu'elles, leurs hommes sont priés de se taire, de ne pas interrompre, par une question ou par la suggestion d'un mot, le long discours auto-centré, qui a été déjà bien rôdé sur les multiples personnes leur servant de confidentes (mère, tante, amies, copines,...).

     Elles exigent aussi que, physiquement, tout progresse lentement et dans la douceur, sans brusquerie ni, a fortiori, brutalité - une accusation qui fusera bien vite dès le plus petit geste non autorisé. Les préliminaires doivent, par définition, prendre du temps. Il faut donc longuement caresser, et encore pas n'importe comment : tout doucement, pas ici, pas là, ça me chatouille, je n'ai pas envie, encore, pas si vite, encore, ...

     Pour goûter au plaisir de la pénétration à la hussarde, il faut que la femme soit très amoureuse (une période qui ne dure guère), et donc en état de déliquescence intime. En dehors de ces cas-là, l'ardeur requise doit se conjuguer avec la douceur des gestes, le doigté et les mots doux. Et, une fois dans la place, pas question d'éjaculation précoce : l'homme doit faire durer le plaisir, encore et encore et encore, avant d'être enfin autorisé à prendre le sien (du moins si le fait d'avoir tant réfréné son excitation n'a pas fini par faire sombrer l'outil dans la caducité). Et ce n'est pas fini : bien réveillée, la femme attend que son partenaire la cajole, lui dise des mots doux à l'oreille, la prenne dans ses bras, la serre contre lui, fasse assaut de tendresse... alors que la torpeur post-coïtale le gagne. Pire, elle peut s'agiter pour que le va-et-vient reprenne, pour qu'elle jouisse à nouveau. Tant pis si c'est au plus mauvais moment pour l'homme, que le sommeil gagne. 

     Et ce n'est pas fini : tout ne fait que commencer, en termes d'exigences féminines : aux dépenses d'avant (cadeaux, repas, soirées... et surtout en temps) va s'ajouter la mainmise d'après : curieusement, quand une femme s'est "donnée" elle se donne l'autorisation de tutoyer son amant ; et elle va avoir quantités de plans sur lui, sur leur avenir, etc. En effet, à ses yeux, il lui appartient désormais. Et elle va donc essayer de le modeler à sa façon, de faire changer ses habitudes et ses fréquentations qu'elle considère comme mauvaises. Et elle exigera non seulement qu'on répète derrière elle ses "Je t'aime" et ses "Je suis si bien avec toi" mais elle les fera répéter jusqu'à ce qu'ils soient dits avec assez de conviction. Et, pour s'épargner les reproches, les questions existentielles, les scènes et les crises, les pleurs et les cris, on répétera ce qu'elles nous forcent à dire.

   Tout ça pour ça ! Il faut que le désir et l'instinct génésique soient vraiment impérieux pour que les hommes abandonnent tant pour gagner si peu.

   Finalement, ils ont peut-être raison ceux qui fréquentent les femmes galantes tarifées : avec elles on sait ce qu'on paie et pour quoi, elles ne demandent rien de plus. On fait sa petite affaire, on paie la somme convenue et on a la paix ensuite.

    La masturbation masculine n'est pas mal non plus, en plus d'être gratuite, discrète, totalement autonome ; le tout est d'avoir une provision suffisante d'images érotiques pour arriver à la rigidité et à l'éjaculation. Alors, quel soulagement, quel bien-être, suivi immédiatement du sommeil qui engourdit.

     Bien sûr, pour faire des enfants, les femmes sont actuellement irremplaçables. Mais, pour le reste, le ROI, pour les hommes, de l'investissement que représente une conquête, une épouse ou une maîtresse est limité dès lors qu'on fait lucidement la balance des avantages et des inconvénients. Non ?

      Alors pourquoi ont-elles tant de succès ? L'espoir d'une vie heureuse en couple ? L'espoir d'avoir (apparemment) à disposition chez soi ce qui paraît permettre d'économiser les risques et le coût du recours à des professionnelles ? Une contagion de la vision romantique et sentimentale qui imprègne leurs vies ?