Chacun connaît (de réputation) Xanthippe, l'épouse de Socrate, le prototype de la femme poison, de l'insupportable mégère.

     Ce qu'elle fit endurer à son époux amena Socrate à estimer que, quel que soit son caractère, une épouse n'a que d'heureuses conséquences pour son époux : soit elle a bon caractère et c'est merveilleux, soit elle est désagréable en diable et son époux est alors obligé de devenir philosophe, ô chance pour lui !

      Voici un tableau représentant le fameux épisode du pot de chambre : Socrates, sa femme et Alcibiade, par Reyer van Blommendael (Musée des Beaux-Arts de Strasbourg) : la délicieuse Xanthippe renverse le contenu d'un pot de chambre sur la tête de son époux, de quarante ans son aîné, semble-t-il.

Xantippe_Dousing_Socrates

     Le site de Philippe Remacle nous offre une intéressante description, par Aulu-Gelle (Aulus Gellius, grammairien et compilateur latin du II siècle), de cette femme (http://remacle.org/bloodwolf/liege1/LRF/lrf2.7.htm), dont le nom signifie "jument blonde" :

Xanthippe, Socratis philosophi uxor, morosa admodum fuisse fertur et iurgiosa; irarumque et molestiarum muliebrium per diem perque noctem scatebat. Has eius intemperies in maritum Alcibiades demiratus, interrogavit Socratem, quaenam ratio esset cur mulierem tam acerbam domo non exigeret. "Quoniam, inquit Socrates, cum illam domi talem perpetior, insuesco et exerceor, ut ceterorum quoque foris petulantiam et iniuriam facilius feram." Secundum hanc sententiam quoque Varro in Satyra Menippaea, quam de officio mariti scripsit : "Vitium, inquit, uxoris aut tollendum aut ferendum est. Qui tollit vitium, uxorem commodiorem praestat; qui fert, sese meliorem facit."

AULU-GELLE, Les Nuits attiques, 1,17.

Ce qui peut se traduire (merci Philippe Remacle !) ainsi :

     On raconte que Xanthippe, l'épouse du philosophe Socrate, était très acariâtre et querelleuse, jour et nuit, de façon toute féminine, elle était continuellement de mauvaise humeur et difficile à vivre. 

       Alcibiade exprima son étonnement à son mari à propos des caprices de celle-ci et demanda à Socrate pour quelle raison il ne renvoyait pas de chez lui une femme si revêche. "Parce que, répondit Socrate, en supportant patiemment une telle femme chez moi, je m'accoutume et m'entraîne à accepter plus facilement l'impudence et l'injustice des autres aussi, à l'extérieur."

       D'accord avec cette idée également, Varron, dans une satire Ménippée qu'il écrivit à propos du devoir du mari, dit : "Celui qui élimine ses défauts, possède une épouse plus plaisante; celui qui les supporte, progresse pour lui-même".

 

Naturellement toute ressemblance avec des personnages (autres que la Xanthippe) existant ou ayant existé serait purement fortuite.

 

 PS1 : De nombreuses sources, accessibles via l'Internet (Encyclopédie Larousse, Wikipédia, Thesaurus.Babylon, Wordincontext, ...) , mentionnent que le mauvais caractère de Xanthippe est "passé en proverbe" mais je ne trouve aucune mention d'un proverbe incluant le prénom de l'épouse de Socrate. Il me semble qu'il vaudrait mieux dire que son mauvais caractèrel est proverbial.

PS2 : Bien que je n'arrive à savoir s'il s'agit de l'épouse de Socrate ou d'une homonyme, je trouve le passage suivant (extrait de John Lord - Beacon Lights of History, Volume 1, The Old Pagan Civilizations, cité par http://wordincontext.com/en/xanthippe) intéressant à citer :

Even Xanthippe, a beautiful young woman, very much younger than he, a woman fond of the comforts and pleasures of life, was willing to marry him, although it is said that she turned out a "scolding wife" after the res angusta domi had disenchanted her from the music of his voice and the divinity of his nature.
       Charmante description de la dure réalité (le passage de l'état de femme amoureuse parce qu'aveugle, à l'état de femme déçue, désenchantée, parce qu'ayant ouvert les yeux - et alors bonjour les reproches vindicatifs !) que ce "res angusta domi". Socrate aurait alors peut-être ajouté l'équivalent grec de l'aphorisme latin : "Ad augusta per angusta".

 PS3 : Un autre texte, trouvé sur l'Internet, éclaire une autre facette du caractère de Xanthippe (ou, du moins, attribué à cette femme) :

"Socrate n'a jamais rien écrit. Si Xanthippe a fait quelque argent avec des tablettes où le stylet avait enfoncé dans la cire, ce n'est pas la main de Socrate qui a appuyé le stylet sur la cire." (Han RynerLes Véritables Entretiens de Socrate, livre I, in http://fr.wikisource.org/wiki/Les_V%C3%A9ritables_Entretiens_de_Socrate/Livre_I/I)